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Insetting agricole du Scope 3 dans les chaînes de valeur agroalimentaires

Image conceptuelle de la chaîne d’approvisionnement agroalimentaire pour l’insetting du Scope 3

Traiter les émissions de gaz à effet de serre (GES) dans la chaîne d’approvisionnement agroalimentaire exige une compréhension fine de leur origine au sein de la chaîne de valeur. Le Greenhouse Gas Protocol, reconnu internationalement, fournit le cadre nécessaire en classant les émissions en trois scopes, ce qui clarifie les responsabilités de la ferme au produit final.

 

Scope 1 : émissions directes. Il s’agit des émissions provenant de sources directement détenues ou contrôlées par l’entreprise agricole. Cela inclut les émissions des bâtiments et installations (p. ex., systèmes de chauffage, génératrices) ou des véhicules utilisés pour les opérations agricoles et appartenant à l’exploitation.

Scope 2 : émissions indirectes liées à l’énergie achetée. Ce scope englobe les émissions provenant de sources d’énergie indirectes, comme l’électricité, la vapeur, le chauffage ou le refroidissement achetés.

Scope 3 : autres émissions indirectes. Elles résultent également de l’activité de l’entreprise, mais l’entreprise agricole n’a aucun contrôle direct sur celles-ci. Parmi les exemples : les émissions liées aux produits achetés, comme les intrants agricoles, ou celles associées à la distribution des grains. La gestion des émissions du scope 3 en agriculture exige une collaboration entre fournisseurs, transformateurs et distributeurs afin de suivre et de réduire les impacts GES en amont et en aval.

La stratégie d’insetting : une approche centrée sur la chaîne de valeur

Pour de nombreuses entreprises agroalimentaires, une part importante des émissions de leur chaîne d’approvisionnement agroalimentaire provient du Scope 3, en particulier de l’étape de production agricole. Cela a conduit à l’adoption de projets d’insetting comme solution centrale au niveau corporatif.

L’Insetting Program Standard (IPS) définit l’insetting comme « des actions entreprises par une organisation pour lutter contre les changements climatiques au sein de sa propre chaîne de valeur, de manière à générer de multiples impacts positifs durables ». Ces projets d’insetting visent à réduire les émissions de GES et à accroître la séquestration du carbone grâce à des solutions climatiques fondées sur la nature, impliquant généralement des programmes d’agriculture régénératrice et d’agroforesterie à l’échelle locale.

Une stratégie d’insetting génère des impacts positifs pour les communautés, les paysages et les écosystèmes. Les bénéfices environnementaux incluent :

  • Séquestration du carbone

 

  • Réduction des émissions de GES

 

  • Protection de la biodiversité
     
  • Conservation des ressources naturelles
     
  • Amélioration de la qualité de l’eau et des sols
     
  • Renforcement de la résilience climatique
     
  • Augmentation de la productivité agricole
     
  • Amélioration des moyens de subsistance et de la vie des communautés locales
     

Pour les entreprises impliquées, ces projets aident à atteindre les objectifs climatiques, à transformer les modèles d’affaires vers une plus grande durabilité et à créer un environnement plus résilient tout au long de leur chaîne de valeur, assurant ainsi la stabilité et la qualité de l’approvisionnement à long terme. De plus, l’insetting s’applique exclusivement aux émissions agricoles du scope 3 d’une organisation. Pour être crédibles, ces projets doivent aussi être scientifiquement solides et conformes aux lignes directrices de l’Insetting Program Standard, élaboré par l’International Platform for Insetting (IPI).

L’insetting en pratique : études de cas d’entreprises

Cargill : L’initiative BeefUp Sustainability de l’entreprise vise à réduire de 30 % les émissions de GES par kilogramme de viande produite d’ici 2030. Pour y parvenir, le programme comprend des projets de gestion des pâturages, de production d’aliments pour animaux et de réduction du gaspillage alimentaire. De plus, Cargill s’engage dans la protection des forêts au sein de ses chaînes d’approvisionnement afin de réduire les émissions liées au changement d’affectation des terres, notamment en plantant des arbres d’ombrage dans des plantations de cacao en Côte d’Ivoire et en finançant un projet de forêt communautaire en Indonésie.

Nespresso : À titre d’exemple concret de projet d’insetting réussi, Nespresso a mis en œuvre des programmes de plantation d’arbres dans des zones de culture du café afin d’accroître la séquestration du carbone. En conséquence, cette solution climatique fondée sur la nature, basée sur l’agroforesterie, a renforcé la résilience des exploitations face aux changements climatiques tout en améliorant la fertilité des sols, la biodiversité et la conservation de l’eau. Entre 2014 et 2020, Nespresso a planté près de 3,5 millions d’arbres sur une superficie totale de 7 364 ha, représentant une séquestration de 770 200 t CO₂ éq. Au total, près de 13 000 producteurs de café ont bénéficié de ce programme grâce à la diversification des revenus (p. ex., via des arbres fruitiers), à la formation et à d’autres formes de soutien.

Organic Valley : Cette coopérative de producteurs laitiers biologiques paie à ses producteurs le prix du marché du carbone pour la mise en œuvre de projets à faibles émissions de carbone, comme l’énergie solaire, le compostage du fumier et l’agroforesterie. De plus, la coopérative incite les producteurs à vendre leurs crédits carbone en interne en offrant de l’assistance technique, de la formation et de l’aide à la rédaction de demandes de subventions — un soutien qui n’est pas disponible sur le marché ouvert du carbone.

Nestlé : Invoquant un manque de normes d’exécution et d’évaluation, ainsi que des règles de comptabilisation du carbone peu claires, Nestlé a développé son propre cadre d’insetting en 2021. Pour combler ces lacunes, l’entreprise travaille avec des organisations comme l’IPI et suit les orientations du GHG Protocol et de la SBTi. En outre, le cadre fondé sur les risques de Nestlé identifie des solutions climatiques fondées sur la nature crédibles et permanentes dans quatre zones : à la ferme, à l’échelle du « supply shed » de la ferme, dans le paysage adjacent à une ferme ou à un supply shed, et dans des paysages non adjacents. Le cadre précise également les types de projets, la fréquence de suivi et les niveaux de vérification pour chaque zone.

Gérer les risques de l’insetting

Pour qu’un programme d’insetting soit crédible, il doit être géré ou certifié par une norme et respecter des principes clés. Le Gold Standard a participé à l’élaboration de lignes directrices de comptabilisation pour les interventions dans la chaîne de valeur. Ces lignes directrices introduisent le concept de « supply shed », qui représente un groupe de fournisseurs situés dans la même zone géographique et fournissant des biens similaires. Cela est particulièrement utile pour des secteurs comme les grains, où le mélange des produits rend difficile la traçabilité d’un approvisionnement précis jusqu’à l’exploitation correspondante.

Bien que pratique, ce concept n’est pas sans risques, principalement le double comptage et la double revendication.

 

Double comptage
Le double comptage se produit lorsque deux organisations revendiquent la même réduction d’émissions dans leurs inventaires de GES respectifs.

  • Acceptable : Il est courant que les émissions de Scope 1/2/3 d’un fournisseur soient incluses dans les émissions de Scope 3 d’autres entreprises de la chaîne de valeur. Il est également acceptable que ces émissions apparaissent simultanément dans les inventaires nationaux et corporatifs.  
  • À atténuer : Un risque survient lorsqu’une entreprise investit dans une amélioration du scope 3 agricole au sein de son supply shed et revendique les réductions, tandis qu’une autre entreprise achète le produit « amélioré » qui en résulte et revendique les mêmes réductions. Un système de comptabilisation robuste et transparent est nécessaire pour éviter cela.  
  • À éviter : Une entreprise ne doit pas revendiquer les réductions d’un projet dans son inventaire et émettre aussi des crédits de compensation issus des mêmes réductions sur un marché du carbone. 

 

Double revendication
Un risque de double revendication existe entre l’inventaire d’une entreprise et les crédits carbone utilisés pour l’offsetting. Un crédit de compensation doit avoir une propriété unique et ne devrait pas être émis à partir de réductions d’émissions déjà revendiquées dans l’inventaire d’une entreprise. Pour faire une revendication, une entreprise doit démontrer sa contribution à la réduction par :

  • Investissement financier direct (p. ex., financement de nouveaux équipements) 
  • Contributions reconnues dans le cadre d’un partenariat 
  • Incitatifs à la réduction (p. ex., privilégier des fournisseurs ayant amélioré leurs pratiques) 
  • Établissement d’exigences d’approvisionnement spécifiques 

Insetting vs offsetting : analyse comparative

La différence fondamentale entre les deux concepts est qu’avec l’insetting, le producteur vend ses produits améliorés et les réductions de GES associées à son client au sein de la chaîne de valeur. Avec l’offsetting, les réductions sont vendues à l’extérieur de la chaîne de valeur sur un marché du carbone, tandis que les produits améliorés sont vendus au client du producteur.

Les deux concepts partagent le défi de la traçabilité des émissions de la chaîne d’approvisionnement agroalimentaire, puisque les produits sont transformés et divisés au fil de leur progression dans la chaîne de valeur.

 

 

Caractéristique Insetting Offsetting
Principe

Les réductions sont vendues au sein de la chaîne de valeur.

Les réductions sont vendues à l’extérieur de la chaîne de valeur.

Comptabilisation

Évite les émissions au sein de la chaîne de valeur.

Compense les GES émis dans la chaîne de valeur.

Méthodologie

Accord sur des normes entre tous les acteurs impliqués.

Normes de certification sur le marché volontaire.

Rémunération des agriculteurs

Revenus additionnels via une prime « grain durable ».

Revenus additionnels provenant de la vente de crédits de compensation.

Risques associés

Risques de double comptage et de double revendication.

Risques liés à la réputation, aux finances et à la stratégie.

 

 

Pour le secteur des grains, une stratégie d’insetting, en particulier lorsqu’elle est menée par les clients finaux de la chaîne d’approvisionnement, peut être très bénéfique. La réussite exige une évaluation adéquate de la pertinence des projets et une analyse approfondie des risques, avec des mesures d’atténuation. Elle requiert aussi des systèmes de comptabilisation et de reporting solides et crédibles afin d’assurer la transparence et d’éviter l’écoblanchiment.

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